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Une province progressivement bilingue

En effet, en 1976, l’absence de bilinguisme au niveau du gouvernement provincial irrite considérablement un homme d’affaires métis de Saint-Boniface, Georges Forest, qui reçoit une contravention unilingue en anglais. Il décide de tenter de faire rétablir le bilinguisme législatif aboli en 1890 en se rendant, grâce à cette contravention, jusqu’à la Cour suprême du Canada où il gagne sa cause : le gouvernement n’avait pas le droit d’abolir les protections constitutionnelles linguistiques des francophones. Le Manitoba redevient bilingue dans les tribunaux et à l’Assemblée législative.

Cependant, la Cour suprême ne dit pas comment mettre en œuvre cette décision et si les lois manitobaines, rédigées et approuvées en anglais depuis 1890, sont illégales ou non. Et si elles le sont, est-ce que tout ce qui a été approuvé jusqu’à présent, que ce soit dans le monde des affaires ou de la société civile est légal ou non ? Un jeune avocat, Roger Bilodeau, décide de tester ces questions fondamentales pour la relation du gouvernement provincial avec ses citoyens.

Pour éviter de voir le Manitoba sombrer dans le désordre juridique avec des centaines de lois potentiellement illégales, le gouvernement provincial tente de négocier des accommodements qui permettraient aux francophones d’obtenir des droits longtemps abolis et d’autres nouveaux, notamment dans les communications et les services donnés en personne. Cependant, ces démarches irritent tellement l’opposition conservatrice que de sérieux incidents éclatent. L’opposition refuse de siéger à l’Assemblée, des protestations publiques sont organisées, un référendum municipal sur les droits bilingues tenus à Winnipeg et dans les municipalités rurales et, plus près encore des francophones, quelques édifices de Saint-Boniface reçoivent des graffitis disant « No More French ! », et les bureaux de la SFM sont incendiés, en janvier 1983.

Le gouvernement cesse alors toute tentative d’élargir les services bilingues et Bilodeau prend le chemin de la Cour suprême du Canada : il obtient une victoire mitigée : le gouvernement n’avait pas le droit d’adopter les lois en anglais seulement, mais il n’est pas obligé de donner des services en français qui découlent de ces lois.

Ce qui a été connu sous le nom de la « crise linguistique » a des conséquences dans la communauté francophone. Les tensions, vives pendant plusieurs mois, vont faire en sorte qu’une partie de la communauté francophone se détache des objectifs de la SFM et de ses revendications d’ordre politique pour obtenir des services en français, là où les francophones sont regroupés. Une des raisons de cet éloignement vient du fait que ces francophones travaillent dans des milieux anglophones où ils sont souvent remis en question et, parfois, harcelés par leurs collègues. Ils choisissent alors de taire leur identité francophone. Cependant, la semi victoire de Bilodeau va redonner, après quelque temps, un tremplin d’épanouissement à la communauté francophone du Manitoba. De plus, le gouvernement fédéral adopte une nouvelle constitution qui va avoir des retombées positives pour toutes les minorités francophones du Canada et, bien entendu, du Manitoba.