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Un héritage détruit…

Après les promesses non tenues dans le domaine des terres ancestrales, c’est le tour des autres protections constitutionnelles. En 1890, celles du domaine scolaire, les écoles confessionnelles, sont abolies par le gouvernement provincial du Manitoba. Les catholiques, qui se sentent les plus concernés par ces mesures, intentent trois procès pour obtenir la restauration de ces droits. Tout en obtenant gain de cause, ils ne peuvent pas récupérer leurs écoles confessionnelles, puisque le gouvernement provincial refuse d’obéir aux tribunaux. Depuis cette date, le système scolaire manitobain est public et laïc. Les quelques écoles religieuses qui demeurent de nos jours sont des écoles payantes, qui suivent le curriculum provincial.

Par ailleurs, toujours en 1890, les francophones perdent également leurs protections constitutionnelles linguistiques en vigueur depuis 1870 : le Manitoba devient une province unilingue anglaise, une province où le gouvernement provincial ne parle que l’anglais à ses citoyens. Cet unilinguisme est accentué par les politiques d’immigration massive de la part du gouvernement fédéral qui veut peupler les terres de la Prairie avec des nouveaux arrivants en provenance de l’Ukraine, de la Russie et de la Pologne, entre autres. Ces minorités savent cultiver la terre dans des conditions très difficiles.

En arrivant dans l’Ouest, ces colons donnent au Manitoba un fort cachet multiculturel, puisqu’ils ne parlent ni l’anglais, ni le français et tiennent fortement à leur patrimoine culturel. Ils prennent avantage d’une clause de la Loi scolaire qui leur permet d’enseigner surtout le catéchisme dans leur langue maternelle, après 15h30. Cependant, le revers de cette situation qui permet à ces nouveaux venus de conserver leur culture et leur langue maternelle va leur causer de sérieux problèmes d’intégration dans la majorité anglophone. Ne parlant pas l’anglais comme ils devraient, ils ne peuvent pas accéder à des postes de commande ou empêchent le Manitoba de prospérer sur le plan économique.

C’est la raison pour laquelle, en 1916, le gouvernement manitobain de T.C. Norris réagit en imposant l’anglais comme la seule langue d’enseignement au Manitoba, ainsi que la scolarité obligatoire. Dorénavant, toutes les langues autres que l’anglais, doivent absolument disparaître de l’espace scolaire. Les francophones sont choqués par cette interdiction d’enseigner dans leur langue maternelle alors qu’ils ont aidé à fonder le Manitoba et le Canada : ils décident alors de ne pas obéir à cette nouvelle loi scolaire.

Ils forment un organisme de défense de la langue française, l’Association d’éducation des Canadiens français du Manitoba (AECFM), un organisme de résistance qui va, pendant près de 50 ans, aider les écoles où se trouvent des enfants francophones à enseigner en cachette leur langue maternelle. Lorsque l’inspecteur scolaire arrive dans le village, les élèves cachent leurs livres et prétendent apprendre leurs matières scolaires en anglais.

Cette situation de « résistance » va durer 52 ans et va grandement affecter la communauté francophone du Manitoba, dont les enfants vont apprendre que la langue française est quelque chose qu’il faut cacher ou ne parler qu’à l’école, la maison ou à l’église. L’isolement des villages, le fait que le téléphone, la radio, la télévision, le système routier et même l’électricité soient très rudimentaires jusque dans les années 1950 vont permettre aux francophones de maintenir leur langue et leur culture sans trop céder à l’assimilation.